Amna Suraka à Souleimaniye est un ancien quartier général des services de renseignement et centre de détention transformé en mémorial des droits de l'homme et musée.
Entre 1979 et 1991, Amna Suraka a servi de quartier général régional pour le nord de la Direction générale de la sécurité (Da’irat al-Amn al-Amma), le service de renseignement intérieur placé sous l'autorité du régime de Saddam Hussein. Situé dans le centre de Souleimaniye, dans la région du Kurdistan d'Irak, ce complexe administratif et pénitentiaire en briques rouges a reçu le surnom kurde d'Amna Suraka, qui signifie « Sécurité rouge ». Aujourd'hui, ce site préservé abrite un musée des droits de l'homme et un mémorial dédié aux victimes de la répression baasiste et des campagnes génocidaires contre la population kurde.
Amna Suraka témoigne des méthodes d'interrogatoire, de la détention indéfinie et de la résistance armée qui ont marqué le nord de l'Irak à la fin du XXe siècle. Plutôt qu'un espace commémoratif aseptisé, le complexe conserve les traces visibles de son passé, depuis les murs de béton et miradors criblés d'éclats d'obus jusqu'aux couloirs étroits des cellules laissés en grande partie intacts depuis la prise du site par les combattants peshmergas lors du soulèvement de mars 1991.

Contexte historique : Prison et forteresse de l'Amn
Le site a été construit pour asseoir l'autorité administrative centrale et réprimer l'opposition politique à travers le nord de l'Irak. Sous l'égide de la Direction générale de la sécurité du ministère irakien de l'Intérieur, l'endroit a servi de centre d'interrogatoire et de détention pour les militants politiques, les étudiants engagés, les nationalistes kurdes présumés et les civils accusés d'activités anti-régime. Les détenus enfermés dans les sous-sols subissaient de longues périodes d'isolement, des interrogatoires systématiques, la torture et des disparitions forcées documentées par Human Rights Watch.
Lors du soulèvement kurde de mars 1991 (Raperîn), la forteresse a constitué le dernier bastion du régime à Souleimaniye. Le personnel de sécurité et les détachements militaires ont tenu les bâtiments en béton pendant deux jours d'affrontements intenses. Un assaut direct des combattants kurdes a permis de percer l'enceinte, libérant les prisonniers survivants et mettant fin au contrôle baasiste sur la ville. Les maçonneries extérieures portent encore les stigmates des tirs de mitrailleuses et des explosions du siège. En 2003, les lieux ont ouvert leurs portes au public en tant que mémorial permanent et centre de documentation.

Galeries commémoratives et expositions
Le musée comprend plusieurs ailes interconnectées, des cours intérieures et d'anciens blocs cellulaires. Chaque section retrace une étape spécifique des conflits régionaux, de la violence d'État et de l'histoire locale :
- La Salle des miroirs : Ce couloir sombre est tapissé de 182 000 éclats de miroirs. Chaque éclat rend hommage à une personne tuée ou disparue pendant la campagne de l'Anfal en 1988. Au plafond, 4 500 veilleuses représentent les villages kurdes détruits ou dépeuplés lors des opérations.
- Les salles d'interrogatoire et les cellules : Les visiteurs parcourent des galeries bordées de cellules d'isolement et de pièces communes. Des mannequins et des aménagements d'époque illustrent les méthodes d'interrogatoire, la coercition et les violences physiques consignées par les survivants et les enquêteurs.
- L'exposition documentaire sur l'Anfal : Cette galerie présente des pièces d'archives sur les déportations forcées, les camps de transit tels que Topzawa et Nugra Salman, ainsi que les constatations médico-légales issues des fosses communes du centre et du sud de l'Irak. Des photographies, des vêtements retrouvés et des objets personnels soulignent l'ampleur du drame humain.
- Galeries contemporaines et parc d'armements extérieurs : Des sections plus récentes rendent hommage aux combattants peshmergas tombés face à l'organisation État islamique (Daech). Dans les cours centrales, des véhicules militaires soviétiques pris à l'armée irakienne—notamment des chars T-55, des véhicules blindés de transport de troupes et des pièces d'artillerie—restent stationnés là où les forces de sécurité les maintenaient autrefois.

Modalités de visite et conseils pratiques
Amna Suraka est situé dans le centre de Souleimaniye, à environ deux kilomètres à l'ouest du Grand Bazar, et s'avère facilement accessible en taxi. Plusieurs précisions pratiques sont utiles pour préparer une visite :
- Tarifs d'entrée : L'accès au musée Amna Suraka est gratuit. Il est possible de laisser un don à l'accueil pour soutenir la préservation du site.
- Horaires d'ouverture : Le musée est généralement ouvert six jours sur sept, le matin de 8h30 à 12h00 et l'après-midi de 14h00 à 16h30. Il est fermé le vendredi et les jours fériés. Les horaires peuvent varier pendant le Ramadan.
- Sensibilité des visiteurs : Les expositions comportent des représentations directes de la torture et de la violence de guerre. L'atmosphère est pesante et le parcours éprouvant ; la visite n'est pas adaptée aux jeunes enfants. La photographie est permise dans les cours et les halls d'exposition généraux, mais le calme est requis dans les espaces commémoratifs et les anciennes geôles.
- Langues : Les panneaux explicatifs sont rédigés en kurde, en arabe et en anglais. Faire appel à un guide local anglophone ou arabophone à Souleimaniye permet de mieux appréhender le contexte historique et les récits des rescapés.

Sources
- Wikipedia, "Amna Suraka", accessed May 2024.
- Human Rights Watch, "Endless Torment: The 1991 Uprising in Iraq And Its Aftermath", June 1992, accessed May 2024.
- Human Rights Watch, "Genocide in Iraq: The Anfal Campaign Against the Kurds", July 1993, accessed May 2024.
- Wikivoyage, "Sulaymaniyah Travel Guide: Amna Suraka Museum", accessed May 2024.
- Wikipedia, "Sulaymaniyah: Sites and Museums", accessed May 2024.
❓Frequently Asked Questions
Here are answers to frequently asked questions about the content above
Amna Suraka est situé dans un quartier central et administratif de Souleimaniye, à environ deux kilomètres à l'ouest du Grand Bazar, aisément accessible en taxi depuis n'importe quel hôtel du centre-ville.
L'entrée générale à Amna Suraka est gratuite, bien que des dons volontaires puissent être versés pour soutenir l'entretien du site et le travail de documentation.
Le musée ouvre généralement six jours par semaine, en matinée d'environ 8h30 à 12h00 et l'après-midi de 14h00 à 16h30, restant fermé le vendredi et les jours fériés officiels.
Les 182 000 éclats de miroirs commémorent les quelque 182 000 Kurdes tués ou disparus pendant la campagne de l'Anfal en 1988, tandis que les 4 500 lampes au plafond représentent les villages kurdes détruits.
En raison de reconstitutions réalistes de scènes de torture, de cellules authentiques et de documents médico-légaux explicites sur le génocide, le musée présente un caractère poignant déconseillé aux jeunes enfants.
La photographie est généralement autorisée pour un usage personnel dans les cours extérieures, le parc de véhicules militaires et les grandes galeries, dans le respect des lieux et sans flash dans les mémoriaux.