Deuxième plus grand musée d'Irak, abritant d'inestimables trésors assyriens, hatréens et islamiques, faisant l'objet d'une restauration internationale majeure en vue d'une réouverture prévue pour 2026.
Musée de Mossoul
Le musée culturel de Mossoul se dresse sur la rive occidentale du Tigre, dans le nord de l'Irak, comme l'une des institutions culturelles les plus importantes du pays, venant immédiatement après le musée national d'Irak à Bagdad. Fondé en 1952, le musée témoigne de l'histoire plurimillénaire du nord de la Mésopotamie, conservant des pièces issues de peuplements préhistoriques, de l'Empire néo-assyrien, de la cité caravanière d'Hatra et des dynasties islamiques médiévales. Après des années d'instabilité et de lourdes destructions perpétrées sous l'occupation de Mossoul par Daech entre 2014 et 2017, le musée fait l'objet d'un ambitieux projet international de réhabilitation conduit par les autorités irakiennes avec l'appui d'organisations culturelles mondiales.

Origines historiques et vision architecturale
Le musée a ouvert ses portes en 1952 dans l'historique Salle Royale de Mossoul afin d'exposer les découvertes issues des fouilles archéologiques régionales. Face à l'afflux des vestiges mis au jour à Ninive, Nimroud et Hatra, les autorités irakiennes du patrimoine ont confié dans les années 1960 à l'architecte Mohamed Makiya la conception d'un édifice dédié à ces collections.
Makiya acheva le bâtiment moderniste dans les années 1970, mêlant formes architecturales régionales, vastes galeries décloisonnées, cours intérieures et éclairage naturel zénithal. Situé à l'ouest du Tigre, à proximité du parc Al Shuhadaa, l'édifice organisait ses parcours autour de quatre sections chronologiques :
- Galerie préhistorique : Premiers villages agricoles de Mésopotamie du Nord, typologies céramiques et outils néolithiques.
- Galerie assyrienne : Art monumental royal, bas-reliefs sculptés et inscriptions cunéiformes provenant des grandes capitales impériales, notamment Nimroud (Kalhou), Ninive, Khorsabad (Dur-Sharrukin) et Balawat.
- Galerie d'Hatra : Sculptures en calcaire, représentations divines et fragments d'architecture de la cité marchande gréco-romano-parthe d'Hatra.
- Galerie islamique : Boiseries sculptées de sanctuaires régionaux, dinanderies, céramiques et manuscrits médiévaux illustrant le rôle clé de Mossoul au carrefour des voies de commerce.
En 2003, le musée a fermé pour mettre ses collections à l'abri des troubles suivant l'invasion américaine. Les responsables du patrimoine ont transféré la plupart des petits objets mobiliers au musée national de Bagdad, tandis que les sculptures monumentales en pierre sont restées en place à Mossoul.

Destructions et opérations de sauvetage
En juin 2014, les combattants de Daech ont occupé Mossoul et délibérément ciblé les collections du musée. En février 2015, l'organisation a diffusé une vidéo montrant ses membres saccageant les salles assyrienne et hatréenne à coups de masse, d'outils mécaniques et d'explosifs. Les assaillants ont pillé les œuvres transportables, incendié plus de 28 000 livres et manuscrits précieux dans la bibliothèque d'étude, et déclenché une charge explosive dans la galerie assyrienne, perforant le plancher jusqu'au sous-sol.
Parmi les pièces majeures endommagées ou réduites en débris figurent :
- La base du trône du roi Assurnasirpal II : Un piédestal en pierre du IXe siècle av. J.-C. issu du palais Nord-Ouest de Nimroud, gravé d'inscriptions royales cunéiformes.
- Les taureaux ailés androcéphales colossaux (Lamassu) : Figures protectrices monumentales qui veillaient sur les entrées des palais assyriens.
- Le lion monumental de Nimroud : Une imposante sculpture de gardien brisée en plusieurs centaines de fragments.
- La stèle du banquet : Une stèle commémorative gravée relatant l'inauguration du palais d'Assurnasirpal II à Nimroud.
- Les statues d'Hatra : Sculptures en calcaire grandeur nature figurant des dignitaires, des prêtres et des divinités au style associant influences hellénistiques, parthes et traditions arabes locales.
Dès la libération de Mossoul par les forces irakiennes en juillet 2017, le Conseil d'État des Antiquités et du Patrimoine (SBAH) a documenté les dévastations et lancé un appel international pour stabiliser la structure et recueillir les fragments.

Chantier international de restauration
En 2018, un consortium international s'est constitué pour restaurer le bâtiment et préserver les œuvres rescapées. Piloté par le Conseil d'État des Antiquités et du Patrimoine (SBAH) rattaché au ministère irakien de la Culture, du Tourisme et des Antiquités, le projet bénéficie du soutien financier majeur de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH), en synergie avec trois institutions clés :
- Musée du Louvre : Prise en charge de la conservation de la pierre et du métal dans des ateliers de restauration in situ, formation des spécialistes irakiens et remontage minutieux de milliers d'éclats de la stèle du banquet, de la base du trône d'Assurnasirpal II et du lion de Nimroud.
- World Monuments Fund (WMF) : Direction des travaux de consolidation structurelle et de réhabilitation architecturale de l'édifice de Mohamed Makiya aux côtés des architectes spécialistes du patrimoine Donald Insall Associates.
- Smithsonian Institution : Appui au renforcement des compétences, à la sécurisation des réserves, à l'administration muséale et à l'élaboration des futurs programmes de médiation.
Le projet architectural respecte scrupuleusement la vision de Mohamed Makiya tout en renforçant la solidité du bâtiment, les dispositifs climatiques et l'accessibilité. L'équipe a choisi de stabiliser le cratère laissé par l'explosion dans la galerie assyrienne tout en maintenant son empreinte visible pour les visiteurs, en mémoire vivante de l'épreuve traversée par le musée. L'architecte paysagiste Dr Jala Makhzoumi a par ailleurs réaménagé les jardins pour relier harmonieusement le site aux promenades arborées des berges du Tigre.

Calendrier de réouverture et modalités de visite
En 2026, les galeries permanentes du musée culturel de Mossoul demeurent fermées aux visiteurs individuels sans autorisation pendant que s'achèvent les chantiers de second œuvre, de climatisation et de restauration des œuvres.
Modalités pratiques d'accès :
- Réouverture programmée : La réouverture intégrale au public est visée pour 2026, selon le calendrier conjoint établi par le SBAH, l'ALIPH et leurs partenaires.
- Expositions temporaires : Des événements grand public, tels que l'exposition trilingue Le musée de Mossoul : de la destruction à la renaissance présentée dans la Salle Royale restaurée, ont permis de rendre compte des avancées auprès des habitants et des délégations officielles.
- Accès numérique : Le ministère français de la Culture et ses partenaires proposent une visite virtuelle et une plateforme numérique comprenant des modélisations 3D d'œuvres rescapées, des plans architecturaux et des archives photographiques.
- Visiter Mossoul : Les voyageurs peuvent admirer la silhouette moderniste de Makiya depuis le parc Al Shuhadaa le long du fleuve et parcourir les sites historiques proches de la Vieille Ville, tels que le complexe reconstruit de la mosquée Al-Nouri et les églises patrimoniales. L'accès aux ateliers de restauration au sein du musée demeure soumis à une autorisation universitaire ou institutionnelle préalable délivrée par la SBAH à Bagdad ou l'Inspection des Antiquités de Ninive.
Sources
- Salle de presse du musée du Louvre : Rehabilitation plans for Iraq’s Daesh-damaged Mosul Cultural Museum to mark memory of devastating attack and its central role in rebuilding community (Consulté en mai 2024 / Mises à jour 2026)
- Ministère de la Culture (France) : Un projet international ambitieux de réhabilitation - Musée de Mossoul (Consulté en avril 2026)
- Ministère de la Culture (France) : Restaurer les œuvres - Musée de Mossoul (Consulté en avril 2026)
- Ministère de la Culture (France) : Restaurer le bâtiment - Musée de Mossoul (Consulté en avril 2026)
- World Monuments Fund (WMF) : Annonce du projet de réhabilitation du musée culturel de Mossoul (Consulté en avril 2026)
- Good News Good Vibes : Le musée culturel de Mossoul renaît pour panser les blessures de la guerre (Consulté en avril 2026)
❓Frequently Asked Questions
Here are answers to frequently asked questions about the content above
Les salles principales du musée de Mossoul restent fermées au public régulier pendant l'achèvement de la consolidation architecturale et de la restauration des œuvres, la réouverture générale étant visée pour 2026.
Le bâtiment moderniste a été conçu dans les années 1960 et achevé dans les années 1970 par le grand architecte irakien Mohamed Makiya, avec des volumes ouverts, des patios intérieurs et un jeu subtil de lumière naturelle.
Parmi les chefs-d'œuvre touchés figurent la base du trône d'Assurnasirpal II (IXe siècle av. J.-C.), le lion colossal de Nimroud, deux taureaux ailés lamassu, la stèle du banquet, de nombreuses statues d'Hatra et plus de 28 000 manuscrits anciens incendiés.
Le chantier est supervisé par le Conseil d'État des Antiquités et du Patrimoine irakien (SBAH) avec le financement de l'ALIPH, en collaboration directe avec le musée du Louvre, le World Monuments Fund et la Smithsonian Institution.
Non. Le consortium a décidé de consolider le cratère béant causé par l'explosion dans la galerie assyrienne tout en le laissant visible au sol comme un mémorial historique permanent.
Oui. Le ministère français de la Culture et le musée du Louvre ont mis en ligne une plateforme officielle trilingue proposant des modélisations 3D des artefacts, des archives historiques et des visites virtuelles.