Chaque vendredi matin, Bagdad se rassemble sur les pavés historiques de la rue Al-Mutanabbi pour son marché aux livres hebdomadaire. Des étals matinaux sur les trottoirs au thé chaud à la cardamome du café Shabandar, voici ce qu'il faut découvrir au cœur littéraire de la ville.
Que se passe-t-il dans la rue Al-Mutanabbi le vendredi matin ?
Le vendredi matin constitue l'apogée culturelle hebdomadaire de Bagdad. Alors qu'une grande partie de la ville ralentit pour le week-end, la rue Al-Mutanabbi s'anime dès l'aube avec des libraires, des écrivains, des étudiants et des collectionneurs qui s'installent le long d'un boulevard piétonnier pavé près du fleuve Tigre.
Le marché puise ses racines dans l'histoire intellectuelle de la ville, remontant aux marchés du livre de l'époque abbasside. En 1932, le roi Fayçal Ier a officiellement donné à la rue le nom du célèbre poète du Xe siècle Abu al-Tayyib al-Mutanabbi, selon des archives historiques documentées sur Bayt Al Fann. Depuis des générations à travers le monde arabe, Bagdad jouit d'une réputation littéraire singulière résumée par un adage régional classique : « Le Caire écrit, Beyrouth publie et Bagdad lit. »
Le vendredi, cette réputation prend forme concrète. Les vendeurs déroulent des tapis, installent des tables pliantes en métal et empilent des cartons directement sur les pavés. Cette artère longue d'un kilomètre se transforme en une bibliothèque à ciel ouvert et en un lieu de débat où les visiteurs parcourent des milliers d'ouvrages, discutent de littérature et saluent leurs amis autour d'un thé matinal.

Comment fonctionne le marché aux livres en plein air ?
Le marché du livre fonctionne selon un rythme informel et autorégulé qui débute vers 7 h 00. Les vendeurs prennent place le long des trottoirs et devant les façades des boutiques, étalant des bâches garnies de littérature arabe, de textes historiques, de classiques internationaux traduits, de manuels universitaires et de monographies d'art.
Un dicton bagdadien bien connu illustre la confiance qui règne sur ce marché : « Le lecteur ne vole pas, et le voleur ne lit pas. » Les libraires laissent souvent leurs piles couvertes sans surveillance durant la nuit sans le moindre incident, comme le souligne Bayt Al Fann.
Ici, le plaisir de chiner est direct et accessible. Vous trouverez des ouvrages du célèbre sociologue irakien Ali al-Wardi, des livres d'histoire régionale de Hanna Batatu, des recueils de poésie classique et des tomes de philosophie autrefois strictement interdits sous les régimes politiques précédents, comme le rapporte Wikipédia. De nombreux livres comportent des annotations manuscrites, des cachets personnels et des dédicaces provenant de bibliothèques familiales privées vendues au fil des décennies.
Les prix restent modestes, débutant généralement à quelques milliers de dinars irakiens pour les livres de poche. Bien que le marchandage soit courant, les échanges restent courtois et conviviaux. Les vendeurs discutent volontiers des auteurs, recommandent des éditions rares et partagent la provenance d'imprimés précieux.

Quelle est l'histoire et l'atmosphère du café Shabandar ?
À l'extrémité ouest de la rue, près de la Qushla ottomane, se dresse le café Shabandar, connu en arabe sous le nom de Maqha al-Shabandar. Fondé en 1917 dans une ancienne imprimerie qui publiait des journaux au début du XXe siècle, ce café fait office de salon littéraire central de Bagdad depuis plus d'un siècle.
Contrairement aux cafés traditionnels de la région, le Shabandar applique une règle stricte : aucun jeu de société comme les dominos ou le backgammon, et aucun téléviseur bruyant. L'espace est entièrement dédié à la lecture, à la conversation et au débat, comme le décrivent des témoignages publiés sur Indrosphere.
L'intérieur se caractérise par des bancs en bois patinés, de hauts plafonds en briques, d'antiques samovars en laiton et des murs tapissés de photographies d'archives encadrées. Ces clichés retracent l'histoire des figures politiques et sociales irakiennes, de la fin de la période ottomane et de la monarchie hachémite jusqu'aux poètes et artistes du milieu du siècle.
Le café porte également le poids des épreuves traversées par le Bagdad contemporain. Le 5 mars 2007, un attentat à la voiture piégée a dévasté la rue Al-Mutanabbi, faisant plus de trente morts et détruisant l'établissement. Le propriétaire de longue date, Haj Mohammed al-Khashali, y a perdu quatre fils et un petit-fils, comme le relate Al Jazeera. Al-Khashali a reconstruit le café avec le soutien de la communauté, ajoutant les portraits de ses fils au mur, ce qui a valu au lieu le surnom local de « Café des Martyrs ». Al-Khashali a dirigé l'établissement jusqu'à sa disparition en janvier 2025, laissant derrière lui un emblème de résilience silencieuse reconnu dans tout l'Irak.

Quels sont les rituels traditionnels du thé au café ?
Une visite au café Shabandar s'articule autour du rituel du thé irakien, préparé en continu tout au long de la matinée dans de grands samovars. Les commandes sont lancées à voix haute à travers la salle et apportées sur des plateaux métalliques par des serveurs portant de petits verres galbés appelés istikanat (au singulier : istikana).
Les habitués choisissent généralement entre deux boissons chaudes traditionnelles bagdadiennes :
- Chai bil Hail : Un thé noir corsé infusé à feu doux et parfumé de gousses de cardamome verte écrasées. Il est servi très chaud et sombre, accompagné d'une petite soucoupe en verre, d'une cuillère et d'une quantité généreuse de sucre.
- Chai Noomi Basra : Une infusion acidulée ambrée et sombre préparée en faisant mijoter des limes noires séchées du sud de l'Irak, parfois appelée thé au citron bagdadien. Dotée d'un goût vif et acidulé, elle est souvent sucrée pour équilibrer son acidité d'agrume.
Boire le thé ici est un plaisir sans hâte. Les clients s'attardent sur les bancs en bois pendant une heure ou plus, lisant leurs livres fraîchement acquis, commentant l'actualité du matin ou fumant le narguilé (chicha), bercés par le murmure des conversations qui emplit la pièce.

Quels autres sites culturels entourent la rue Al-Mutanabbi ?
La rue Al-Mutanabbi relie plusieurs monuments historiques qui forment le cœur patrimonial du vieux Bagdad :
- La Qushla : Située juste à côté du café Shabandar, cette caserne militaire ottomane du XIXe siècle a été construite sous le gouverneur ottoman Midhat Pacha, comme le rappelle le résumé historique de la rue Al-Mutanabbi sur Wikipédia. Son jardin central abrite une tour de l'horloge de 22 mètres. Le vendredi, les cours de la Qushla accueillent des expositions d'art en plein air, des stands de calligraphie et des récitals de poésie.
- La statue d'Al-Mutanabbi : À l'extrémité est de la rue, une statue en bronze du poète Abu al-Tayyib al-Mutanabbi s'élève sur un piédestal en pierre dominant le fleuve Tigre. Sculptée en 1977 par l'artiste irakien Mohammed Ghani Hikmat, elle marque la promenade au bord de l'eau où les visiteurs observent les barques en bois et les bacs de passagers traverser le fleuve.
- Souk al-Sarai : Accessible près de l'entrée de la Qushla, cette ruelle couverte vieille de plusieurs siècles est spécialisée dans la papeterie, les carnets sur mesure, les fournitures d'écriture et les services de reliure traditionnelle.
- Le Centre culturel bagdadien : Aménagé dans un bâtiment historique restauré au bord du fleuve, doté de colonnades en briques arquées, ce centre organise des événements culturels, des conférences patrimoniales et des expositions historiques le vendredi matin.
Conseils pratiques pour organiser votre visite du vendredi
Pour profiter pleinement d'une visite le vendredi matin dans la rue Al-Mutanabbi, gardez à l'esprit plusieurs conseils pratiques :
- Horaires : Arrivez entre 8 h 30 et 9 h 00, au moment où les étals sont complètement installés et où la lumière matinale est douce. L'affluence atteint son apogée entre 10 h 00 et 12 h 30 avant de diminuer au moment de la prière du vendredi à la mi-journée.
- Itinéraire : Commencez votre promenade à l'arche d'entrée ornée sur la rue Al-Rashid et descendez vers le fleuve Tigre pour terminer devant la statue d'Al-Mutanabbi et les marches riveraines, comme l'indique le guide du visiteur sur Stay In Iraq.
- Paiements : Prévoyez des espèces en dinars irakiens. Les vendeurs de rue et les petits stands de thé n'acceptent pas les cartes bancaires. Les petites coupures (billets de 1 000, 5 000 et 10 000 IQD) sont très utiles pour les achats de livres et les rafraîchissements.
- Photographie : Prendre des photos des étals de livres, de l'architecture et des scènes de rue est largement accepté. Il est poli de demander l'autorisation avant de prendre des portraits rapprochés de clients attablés dans les cafés ou de libraires.
- Tenue et confort : Portez des chaussures de marche confortables adaptées aux pavés. Habillez-vous modestement, dans le respect des usages locaux, en privilégiant des tissus légers et respirants durant les mois les plus chauds.
Sources
- Wikipédia — Mutanabbi Street (Consulté le 18 mai 2025)
- Wikipédia — Shabandar Café (Consulté le 18 mai 2025)
- Al Jazeera — Mutanabbi Street slowly re-emerges, 20 years on from Iraq war (Consulté le 18 mai 2025)
- Bayt Al Fann — The 'Book Market of Baghdad' - Al-Mutanabbi Street (Consulté le 18 mai 2025)
- Stay In Iraq — Mutanabbi Street Baghdad Guide for Visitors (Consulté le 18 mai 2025)
- Indrosphere — Shahbandar Café & the Soul of Baghdad (Consulté le 18 mai 2025)
- TakeYourBackpack — Al-Mutanabbi Street Book Market Attraction Guide (Iraq) (Consulté le 18 mai 2025)
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❓Frequently Asked Questions
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Le vendredi matin, entre 8 h 30 et 11 h 30, est le meilleur moment pour visiter. C'est à cette période que le marché aux livres en plein air est le plus animé, que tous les étals sont installés et que les espaces culturels voisins comme la cour de la Qushla sont ouverts au public.
La rue Al-Mutanabbi se trouve dans le quartier historique de Rusafa, dans le vieux Bagdad. Elle débute à l'intersection avec la rue Al-Rashid et s'étend sur environ un kilomètre jusqu'aux berges du fleuve Tigre.
Le café Shabandar interdit formellement les jeux de société tels que les dominos et le backgammon, ainsi que les téléviseurs, afin de préserver une atmosphère propice aux échanges intellectuels, à la poésie, à la lecture et à la conversation.
Le café sert un thé noir corsé infusé à la cardamome (chai bil hail) dans des verres galbés traditionnels appelés istikana, ainsi qu'une infusion acidulée de limes noires séchées de Bagdad connue sous le nom de chai noomi basra.
Bien que la majorité des ouvrages proposés dans la rue soient en arabe, plusieurs vendeurs proposent des romans d'occasion en anglais, des manuels universitaires, des livres d'histoire de l'art et des classiques traduits.
Juste à côté de la rue Al-Mutanabbi se trouvent la caserne ottomane et la tour de l'horloge de la Qushla datant du XIXe siècle, le Centre culturel bagdadien, le marché de papeterie de Souk al-Sarai et la statue en bronze d'Al-Mutanabbi sur les rives du Tigre.


