S'élevant à quarante mètres au-dessus du lit de la rivière Khasa, la citadelle de Kirkouk témoigne de quatre millénaires de peuplement continu, de l'antique Arrapha à l'époque ottomane. Aujourd'hui, les visiteurs peuvent parcourir ce haut tell archéologique pour découvrir des dômes jalayirides préservés, des sanctuaires multiconfessionnels et les ruines d'une cathédrale chaldéenne dominant le centre de Kirkouk.
La citadelle de Kirkouk se dresse au centre de Kirkouk, sur un tell archéologique escarpé à quatre côtés qui s'élève à environ 40 mètres au-dessus des plaines environnantes. La butte s'étend sur près de 42,5 hectares (170 donums irakiens) immédiatement à l'ouest de la rivière saisonnière Khasa. Bien que la majeure partie des quartiers résidentiels denses qui occupaient autrefois le plateau ait été rasée à la fin des années 1990, la citadelle demeure le cœur historique de la province, abritant quatre millénaires d'architecture superposée mésopotamienne, islamique et chrétienne.
En avril 2021, le Conseil d'État irakien des antiquités et du patrimoine a soumis la citadelle à la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO, selon le Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui, les voyageurs visitant Kirkouk peuvent emprunter la rampe d'accès pour explorer son tell archéologique à ciel ouvert, ses mosquées historiques en activité, ses mausolées médiévaux et ses belvédères panoramiques offrant une vue imprenable sur les marchés de la ville basse.

Quatre millénaires d'histoire sur le tell
Les fouilles archéologiques et les prospections de surface montrent que le monticule de la citadelle est un ancien tell artificiel constitué par des occupations humaines successives remontant au troisième millénaire avant notre ère. En 1923, des archéologues ont mis au jour 51 tablettes cunéiformes près de la base de la butte, reliant directement le site à l'ancienne cité hourrite et babylonienne d'Arrapha, comme le documente l'étude du patrimoine archéologique de l'Université d'Oxford.
Entre 884 et 850 avant notre ère, le roi néo-assyrien Assurnasirpal II fortifia Arrapha, utilisant le haut tell comme bastion militaire avancé et centre administratif régional, comme le souligne The National News. Plus tard, le souverain séleucide Séleucos Ier Nicator reconstruisit les remparts d'enceinte, érigeant une fortification dotée de 72 tours défensives et 72 voies de circulation intérieures.
Le site conserva une importance militaire et commerciale stratégique sous les dominations parthe, sassanide, abbasside et jalayiride. À l'époque ottomane, la citadelle formait le cœur résidentiel fortifié de Kirkouk, divisé en trois quartiers distincts (mahallas) :
- Quartier Al-Maidan : le secteur résidentiel nord, qui abritait les demeures des marchands et les bâtiments administratifs.
- Quartier Al-Qal'a : le district central regroupant les principales mosquées, les écoles religieuses et le bazar central.
- Quartier Al-Hammam : le quartier résidentiel sud, nommé ainsi en raison de ses bains publics.
Pendant des siècles, ces quartiers ont abrité une communauté multiethnique de Turkmènes, de chrétiens chaldéens, de Kurdes, de Juifs et d'Arabes, cohabitant au sein d'un tissu urbain dense fait de ruelles étroites et de cours intérieures fermées.

Monuments et architecture préservés
Bien qu'une grande partie du paysage urbain résidentiel ait disparu à la fin du XXe siècle, neuf monuments majeurs et plusieurs demeures historiques subsistent à travers le tell.
Mosquée et sanctuaire du prophète Daniel (Jami' al-Nabi Danyal)
Situé sur le flanc sud de la citadelle (35°28'08"N, 44°23'44"E), ce complexe constitue le monument religieux le plus actif et le plus visité du tell selon le journal Al-Sabaah. La structure occupe un emplacement aux racines interreligieuses profondes : d'abord synagogue dans l'Antiquité, elle devint une église chrétienne à l'époque préislamique, avant d'être convertie en mosquée sous le califat omeyyade.
L'édifice actuel remonte principalement à la période jalayiride du XIVe siècle ; il arbore un minaret cylindrique en brique orné de motifs géométriques et deux coupoles émaillées turquoise. À l'intérieur de la salle de prière voûtée principale se trouvent trois cénotaphes enclos, attribués par la tradition locale au prophète Daniel et à deux de ses compagnons, Hanania et Azaria (connus dans les récits bibliques sous les noms de Shadrach et Abednego). Immédiatement derrière la mosquée s'étend le plus ancien cimetière de Kirkouk, qui abrite des stèles funéraires ottomanes séculaires ainsi que des sépultures militaires de la Première Guerre mondiale.
Le Dôme Bleu (Gök Kümbet)
Dressé près de la bordure nord de la citadelle (35°28'14"N, 44°23'43"E), le Dôme Bleu (Gök Kümbet en turc, Qubbat al-Zarqa en arabe) est un monument funéraire octogonal édifié en 1361 de notre ère, sous le sultanat jalayiride. Les chroniques historiques indiquent que le tombeau a été commandé pour Bogdaï Khatoun, une noble turco-mongole décédée dans la région alors qu'elle voyageait en direction de La Mecque.
Le mausolée présente un plan octogonal à deux niveaux reposant sur un soubassement surélevé en pierre. Ses murs extérieurs en brique arborent des niches décoratives en retrait minutieusement ouvragées, des fragments de carreaux de terre cuite émaillée ainsi que des frises d'inscriptions arabes et de motifs géométriques. Le caveau funéraire se trouve sous la salle principale, tandis que la structure supérieure est couronnée d'un dôme turquoise restauré au début des années 2000.
Grande Mosquée de la citadelle (Ulu Camii)
Également connue sous le nom de mosquée de la Vierge Marie, l'Ulu Camii est la plus ancienne mosquée du vendredi subsistant sur la butte. Elle occupe l'emplacement d'une église du VIIe siècle qui fut restaurée et convertie sous le règne abbasside, puis largement reconstruite en 1237 de notre ère dans le style architectural seldjoukide. Une école religieuse ottomane (madrasa) a été ajoutée à la cour en 1657. Après des travaux de consolidation structurelle, la mosquée a officiellement rouvert ses portes pour les prières quotidiennes du quartier et les offices du Ramadan, selon un reportage de Shafaq News.
Ruines de la cathédrale Umm al-Ahzan
Sur le flanc oriental du tell (35°28'14"N, 44°23'46"E) se dressent les arcades de pierre à ciel ouvert d'Umm al-Ahzan (Notre-Dame des Douleurs), une cathédrale catholique chaldéenne du XIXe siècle consacrée en 1862 sous le patriarcat de Joseph VI Audo, d'après Mesopotamia Heritage. La cathédrale avait été édifiée pour répondre aux besoins de la communauté chrétienne grandissante qui résidait dans l'enceinte de la citadelle.
L'édifice a subi d'importants effondrements de toiture au milieu du XXe siècle en raison de la lourde charge des voûtes en brique reposant sur de minces colonnes de calcaire, un problème aggravé par les intempéries et des restaurations inappropriées au ciment réalisées en 1961. Aujourd'hui, ses arcs dégagés, ses linteaux en pierre sculptée et les murs subsistants de la nef offrent un aperçu remarquable de la construction religieuse du XIXe siècle dans le nord de l'Irak.
Mosquée Al-Ariyyan
Construite en 1142 de l'hégire (1729 de notre ère) dans le quartier historique de Hammam, la mosquée Al-Ariyyan est réputée pour son intérieur raffiné en pierre et en plâtre. La mosquée conserve un minbar en pierre sculpté d'étoiles géométriques à six branches ainsi qu'un mihrab décoratif orné de motifs floraux peints et de versets coraniques de la sourate Al-Imran (3:37).
Demeures traditionnelles à cour intérieure
Un ensemble de maisons ottomanes traditionnelles a survécu aux démolitions sur la butte, notamment Dar al-Tayfur (datant de 1152 de l'hégire / 1739 de notre ère), Dar Abdullah Effendi Yaqoubi et Bayt al-Aris. Ces résidences illustrent l'architecture domestique typique de la Haute Mésopotamie :
- Des cours intérieures centrales pavées de galets de rivière locaux et de dalles calcaires.
- L'utilisation d'albâtre local sculpté (al-farsh al-kirkuki) pour les arcs de portes et les colonnes de soutien.
- De profonds iwans ombragés ouverts sur la cour centrale pour maintenir la fraîcheur estivale.
- Des pièces à l'étage pourvues de niches murales en plâtre sculpté (tchini-khana) conçues pour exposer les services à thé et les porcelaines importées.
- Des balcons en encorbellement en bois à moucharabieh (shenashil) donnant sur les ruelles de la citadelle.

Les démolitions de 1997 et la conservation contemporaine
En 1997 et 1998, l'ancien régime baasiste engagea une vaste campagne de démolition sur le tell sous la direction du général Iyad Futayyih. Invoquant des projets de restauration archéologique et d'aménagement paysager, les autorités expulsèrent de force plusieurs centaines de familles, principalement des résidents turkmènes et chaldéens, et rasèrent au bulldozer environ 800 bâtiments résidentiels historiques.
Seuls des monuments publics isolés et une poignée de demeures aristocratiques furent épargnés, transformant ce qui était une ville historique vivante en un parc archéologique ouvert et partiellement en ruines. Par la suite, des projets de réparation entrepris entre 1998 et 2003 ont employé du ciment moderne incompatible, ce qui a accéléré la dégradation des maçonneries anciennes sous l'effet de l'humidité, un problème souligné par l'évaluation archéologique de l'Université d'Oxford.
Ces dernières années, le Conseil d'État irakien des antiquités et du patrimoine (SBAH) et les associations locales de protection du patrimoine de Kirkouk ont fait de la stabilisation des pentes périphériques de la citadelle, de la consolidation des maisons ottomanes restantes et de la préservation des monuments contre l'érosion et les intempéries une priorité, comme le rapporte Shafaq News.

Ce que les visiteurs peuvent actuellement découvrir
La citadelle de Kirkouk est accessible aux voyageurs indépendants ainsi qu'aux visites guidées. Le site étant un tell archéologique ouvert plutôt qu'un musée payant clos, la visite consiste principalement en une promenade libre au milieu des ruines et des édifices encore en activité.
- Périmètre et panoramas de la citadelle : les visiteurs peuvent longer les rebords du tell pour admirer des panoramas à 360 degrés sur le centre-ville de Kirkouk, le lit de la rivière Khasa, le marché ottoman de la Qaysariyya et les ponts modernes.
- Mosquée du prophète Daniel : la mosquée est ouverte tous les jours aux visiteurs respectueux des lieux. Les gardiens locaux veillent sur la salle de prière, et il est possible d'observer les trois tombeaux historiques en dehors des heures de prière.
- Gök Kümbet (Dôme Bleu) : l'extérieur de ce tombeau octogonal est visible au sein de sa cour close près de la porte nord.
- Ruines d'Umm al-Ahzan : les arcades encore debout de la cathédrale chaldéenne sont bien visibles depuis les sentiers du plateau. Les visiteurs doivent faire attention où ils posent les pieds à proximité des gravats et des pans de murs instables.
- Promenade sur le tell archéologique : de larges sentiers de gravier traversent le plateau et relient les différents monuments, permettant d'explorer aisément l'ensemble du site de 42 hectares à pied en 60 à 90 minutes.
Informations pratiques pour les visiteurs
Comment s'y rendre
La citadelle est située juste à côté de la vieille ville de Kirkouk.
- Depuis Kirkouk : un trajet en taxi local depuis les quartiers commerçants du centre comme la rue Atlas ou la route de Bagdad dure de 5 à 10 minutes et coûte entre 3 000 et 5 000 IQD (2 à 4 USD).
- À pied : vous pouvez monter directement à la citadelle depuis le bazar historique de la Qaysariyya en empruntant la passerelle piétonne sur la rivière Khasa. Des rampes d'accès goudronnées permettent de gravir les flancs est et sud du tell.
- Liaisons interurbaines : Kirkouk est facilement accessible par la route depuis Erbil (environ 1 h 30 à 2 heures de route vers le sud par l'autoroute 2) ou Souleimaniye (environ 2 heures vers l'ouest via Chamchamal). Les taxis collectifs au départ du garage de Kirkouk à Erbil coûtent environ 10 000 à 15 000 IQD par place.
Accès et horaires
- Tarif : l'accès au tell de la citadelle et à ses mosquées est actuellement gratuit.
- Horaires : le site est accessible pendant les heures de jour, généralement de 8 h 00 jusqu'au coucher du soleil. Venir tôt le matin ou en fin d'après-midi offre la meilleure luminosité pour les photos et des températures plus agréables.
- Postes de contrôle : la police locale et les agents de protection du patrimoine tiennent de petits postes près de la voie d'accès principale sur le plateau. Il peut être demandé aux visiteurs étrangers de présenter leur passeport et leur visa irakien.
Conseils pratiques
- Chaussures : prévoyez des chaussures de marche robustes et adhérentes. Le plateau présente un sol inégal, des graviers instables, des fondations en briques apparentes et des bordures escarpées sans barrières de sécurité.
- Code vestimentaire : habillez-vous modestement, les épaules et les genoux couverts, pour pénétrer dans la mosquée du prophète Daniel ou dans l'Ulu Camii. Les femmes doivent se munir d'un foulard pour la visite des mosquées.
- Météo : les étés à Kirkouk sont extrêmement chauds, les températures de l'après-midi dépassant souvent 42 °C entre juin et août. La période idéale pour une visite s'étend d'octobre à avril, lorsque les journées sont douces et ensoleillées.
- À combiner : associez votre visite de la citadelle à celle du marché couvert de la Qaysariyya et des casernes ottomanes de la Qishla, situées au pied de la butte.
Sources
- UNESCO World Heritage Centre : "Kirkuk Citadel" (Ref 6522, Tentative List), https://whc.unesco.org/en/tentativelists/6522/, accessed March 2026.
- University of Oxford (School of Archaeology) : "The Citadel of Kirkuk: Reconnaissance and assessment of its archaeological heritage" by Dr. Narmeen Ali Muhammadameen, https://podcasts.ox.ac.uk/citadel-kirkuk-reconnaissance-and-assessment-its-archaeological-heritage-arabic, accessed March 2026.
- Mesopotamia Heritage : "The ancient cathedral Om Al Ahzane in the citadel of Kirkuk (and other Christian buildings in the citadel)", https://www.mesopotamiaheritage.org/en/monuments/lancienne-cathedrale-chaldeenne-om-al-ahzane-de-la-citadelle-de-kirkouk-et-autres-anciens-edifices-chretiens-de-la-citadelle/, accessed March 2026.
- The National News : "The ancient citadel of Kirkuk - in pictures", https://www.thenationalnews.com/mena/the-ancient-citadel-of-kirkuk-in-pictures-1.1229491, accessed March 2026.
- Shafaq News : "Kirkuk's Citadel crumbles: Calls grow for urgent action", https://shafaq.com/en/Iraq/Kirkuk-s-Citadel-crumbles-Calls-grow-for-urgent-action, accessed March 2026.
- Shafaq News : "Kirkuk's Green Dome crumbles: Neglect threatens 14th-century icon", https://shafaq.com/en/culture-art/Kirkuk-s-Green-Dome-crumbles-Neglect-threatens-14th-century-icon, accessed March 2026.
- Al-Sabaah Newspaper : "The city of archeology: Kirkuk, a city steeped in history and indicative of civilization", https://alsabaah.iq/59583-.html, accessed March 2026.
❓Frequently Asked Questions
Here are answers to frequently asked questions about the content above
Oui, la citadelle de Kirkouk est accessible au public pendant les heures de jour. Les visiteurs peuvent parcourir le plateau, explorer les ruines à ciel ouvert et entrer gratuitement dans les lieux de culte en activité comme la mosquée du prophète Daniel et la Grande Mosquée.
La tradition religieuse locale veut que la mosquée abrite les tombes du prophète biblique Daniel et de deux de ses compagnons, Hanania et Azaria (associés à Shadrach et Abednego). Le site constitue depuis des siècles un lieu de vénération partagé par les juifs, les chrétiens et les musulmans.
Le Dôme Bleu est un mausolée octogonal en brique construit en 1361 sous le sultanat jalayiride pour Bogdaï Khatoun, une noble dame décédée alors qu'elle voyageait vers La Mecque. Il se distingue par ses niches décoratives en brique et ses faïences turquoise.
En 1997 et 1998, l'ancien régime baasiste a expulsé de force des centaines de familles turkmènes, chrétiennes et kurdes et a démoli environ 800 maisons traditionnelles ottomanes à cour sous prétexte de dégagements archéologiques, ne laissant debout que des monuments publics isolés et quelques demeures.
Kirkouk se situe à environ 1 h 30 au sud d'Erbil en voiture privée ou en taxi collectif via l'autoroute 2. Depuis Bagdad, les voyageurs peuvent emprunter un taxi collectif ou un transport privé vers le nord via l'autoroute 1 en 3 à 4 heures environ.
La citadelle de Kirkouk a été officiellement inscrite sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO en avril 2021 (Réf. 6522) en raison de ses quatre millénaires de peuplement urbain ininterrompu, de sa morphologie authentique de tell mésopotamien et de son patrimoine architectural multiconfessionnel.